Le Carstensz, sommet du continent Océanie

 

Octobre 1994

Troisième expédition, tout à fait exceptionnelle, puisque à destination de l'Irian Jaya, partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée, au nord de l'Australie.

 

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Cette montagne fut découverte par l'explorateur et navigateur Jan Carstenszoon en 1623 lors d'une expéditon néerlandaise dans cette région peu accessible et qui fut colonisée par ces hollandais et qui deviendra par la suite l'Indonésie. Le Carstensz, dénommé aussi Puncak Jaya, ne fut approché qu'au début du XXème siècle, en raison d'un accès quelque peu compliqué, et la première ascension fut réalisée le 13 février 1962 par Heinrich Harrer et ses compagnons de cordée, avec le soutien du guide Philip Temple.

Cette île vierge et sauvage, la plus mystèrieuse et la moins connue du monde est couverte de marécages, de jungle dense et de fougères arborescentes. Après avoir transité par Jakarta, nous faisons escale sur l'île de Biak avec au programme plongée sous-marine pour admirer de superbes coraux et de non moins splendides espèces de poissons multicolores. Nous passons ensuite une nuit sur un îlot désert au large de Biak. Puis nous rejoignons la ville de Nabire par avion avant d'atteindre le territoire du peuple Papou et le village d'Illaga. Nous y sommes acceuillis par le sous-préfet de cette région. Notre guide indonésien se charge dès le lendemain matin de recruter l'ensemble des porteurs papous (au nombre de 30, alors que notre groupe se compose de seulement trois personnes), mais on nous explique que chacun de ces porteurs ne doit pas transporter plus de 15 kgs. Une partie des papous portera le matériel technique et de campement, l'autre partie se chargera de l'alimentation (patates douces et canne à sucre, entre autres). Ces trente porteurs sont issus de trois villages bien distincts, condition sine qua none pour que l'expédition se déroule sans encombre. Il existe encore de nos jours des conflits entre les différents groupes de papous qui peuplent l'île, il est donc nécessaire de faire travailler équitablement chacun d'entre eux.

 

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Une fois ces formalités accomplies, nous voilà partis pour une semaine de trek à travers la jungle, la toundra, la steppe, puis un terrain plus montagneux. Nos porteurs nous précèdent, et à l'aide de machettes et de coupe-coupe, tracent le chemin dans cette végétation très dense. Chaque jour, en début d'après-midi, nous subissons de violentes averses de pluie. Le terrain marécageux que nous traversons complique la progression. Parfois il est nécessaire de franchir des torrents aux eaux gonflées par ces averses. Et chaque jour en fin d'étape, le même rituel : installation du campement et soins à prodiguer à nos porteurs victimes de plaies aux pieds et aux jambes car progressant pieds nus dans cette végétation.

Nous arriverons de cette manière au camp de base à 4115 mètres d' altitude, au pied de la pyramide de Carstensz. Nos porteurs redescendront quelques jours plus bas, car peu habitués à fréquenter l'altitude, le temps que l'on gravisse cette face nord toute en rocher calcaire, d'une résistance incroyable mais offrant l'avantage de très nombreuses prises. Nous installons notre campement à proximité de deux lacs, et tentons déjà une première approche de cette montagne, vite avortée en raison d'une météo capricieuse. Nous déposons au pied de cette paroi, de 800 mètres de dénivelé, vivres et matériels pour le lendemain.

Le 6 Novembre, vers 5 heures du matin, nous quittons le campement pour tenter l'ascension du Carstensz. Mais déjà, une pluie fine rend le rocher glissant. La progression est vite ralentie, au fur et à mesure que la météo se dégrade. Plus haut, nous trouvons la neige. Nous nous arrêtons quelques instants pour évaluer la situation. Nous apercevons alors le sommet, et décidons de poursuivre l'ascension. Et à 14 heures, nous atteignons enfin le plus haut sommet de l'Océanie, à 5030 mètres d' altitude. Quelques photos au sommet et nous commençons la descente. Mais la neige tombée complique le retour et nous sommes contraints de bivouaquer dans cette face nord. Nous trouvons une cavité dans le rocher et y passons la nuit, recroquevillés sur nos sacs à dos, tandis que la neige continue de tomber.

Pendant ce temps, à 4115 mètres, au camp de base, notre guide indonésien et ses deux assistants doivent s'inquiéter de notre retour, nous n'avons pas de liaison possible avec eux pour leur expliquer notre situation. Au petit matin, transis de froid, nous redescendons cette face nord en rappel, l' itinéraire aller étant bien obstrué par la neige. Et retrouvons avec grand plaisir nos trois amis indonésiens, heureux de notre retour au campement.

Quelques jours de marche nous attendent encore pour retrouver le village d' Illaga et fêter ce nouveau sommet avec l'ensemble de nos porteurs, sans qui rien n'aurait été possible. Un très beau sommet de plus et une aventure fantastique dans cette région de Papouasie Nouvelle-Guinée.

 

 

 

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